Comment agissent les antidépresseurs ?

 » Corriger  » la transmission du message nerveux

Les antidépresseurs sont des médicaments composés de substances chimiques agissant au niveau du cerveau, sur les extrémités des neurones, à l’endroit où ils communiquent les uns avec les autres. Cette communication passe par des  » messagers chimiques  » appelés neurotransmetteurs. Les connexions entre deux neurones sont appelées synapses. Chaque neurone possède plusieurs synapses (zones d’échange et de transmission des messages). Un antidépresseur active plusieurs systèmes de neurones et entraîne des modifications au niveau des synapses qu’il active. L’effet de ces modifications varie et s’échelonne dans le temps. Parmi les neurotransmetteurs principaux, citons la noradrénaline qui intervient dans le stress et l’angoisse, et la sérotonine qui joue un rôle essentiel dans la régulation de l’humeur (registre de la tristesse). La plupart des antidépresseurs et des médicaments contre l’angoisse agissent sur ces deux neuromédiateurs, impliqués dans la transmission de l’information et responsables de dépression lorsque cette transmission du message est altérée et perturbée.

depression-antidepresseur-2Chez le sujet dépressif, les recherches scientifiques ont démontré l’existence de changements dans le fonctionnement biologique de certaines zones du cerveau. (Entendons par cerveau, un réseau de neurones sachant que chaque neurone possède un réseau de synapse.) A l’heure actuelle, nous ne savons pas si ces changements sont la cause ou la conséquence de la dépression. En revanche, nous savons qu’ils existent chez les sujets déprimés et qu’ils disparaissent lorsque la dépression est guérie. C’est en corrigeant ces dysfonctionnements que les traitements permettent de guérir la dépression. Par conséquent, nous pouvons affirmer que dans certaines situations, la guérison complète de la dépression est possible.

Les synapses

Les antidépresseurs agissent sur les synapses, là où circulent les neurotransmetteurs qui permettent aux neurones de communiquer entre eux – à savoir de transmettre et de recevoir les informations en provenance de toutes les régions du cerveau et du corps.

Les antidépresseurs agissent des deux côtés de la synapse : celui qui envoie le message et celui qui le reçoit. Quelle que soit la modalité, l’antidépresseur modifie le fonctionnement de la synapse pour modifier le message.

– Sur la synapse qui envoie le message : les antidépresseurs contrôlent la libération des neurotransmetteurs ou leur recapture. Ceux qui ne sont pas utilisés sont récupérés (ou recapturés) par le neurone qui les a libérés. (Un antidépresseur dit inhibiteur de la recapture de la sérotonine empêche que la sérotonine soit récupérée.) Lorsqu’il agit sur le neurone qui apporte l’information, l’antidépresseur augmente la force du message délivré au neurone qui le reçoit. Certains antidépresseurs se fixent également sur les récepteurs qui permettent le passage de l’information : dans ce cas-là, ils bloquent le message.

– Sur la synapse qui reçoit le message : les antidépresseurs se fixent sur l’emplacement où va naturellement le neuromédiateur, comme s’ils  » imitaient  » la fonction du neurotransmetteur. Dans d’autres cas, l’antidépresseur bloque les récepteurs qui sont normalement utilisés pour la réception du message : l’effet est de filtrer le message qui lui parvient et de n’en laisser passer qu’une partie.

L’action locale de l’antidépresseur sur la synapse se répercute sur le cerveau tout entier et modifie le fonctionnement de certaines régions. Toutes n’ont pas la même fonction et il n’existe pas de région particulière du cerveau dont l’altération serait à l’origine de la dépression. Cependant, certaines régions cérébrales semblent modifiées dans leur fonctionnement lors d’une dépression alors que d’autres semblent peu impliquées.

Au bout de combien de temps un antidépresseur agit-il ?

Pour que le traitement soit viable et durable, tout antidépresseur est prescrit pour une durée minimale de six mois. Ceci est valable même si les symptômes de la dépression ont disparu ou que la personne a l’impression d’être guérie.

Au bout de deux à trois semaines, l’antidépresseur va agir sur les symptômes et le patient va observer les premiers signes d’amélioration. Après deux mois de traitement, l’antidépresseur a restauré le fonctionnement psychologique global préalable à la dépression. Si le traitement est arrêté à ce moment, le risque de rechute est de 70 %. Il faut poursuivre le traitement et ne pas se fier aux apparences ! Or beaucoup de patients abandonnent, pensant qu’ils sont sortis d’affaire, et se voient rechuter plus durement quelques semaines après !

L’antidépresseur à lui seul suffit-il à venir bout d’une dépression ?

Les antidépresseurs viennent à bout de 80 % des personnes dépressives tandis que 20 % se montrent résistantes. La dépression, bien qu’ayant ses caractéristiques propres, s’accompagne souvent d’autres symptômes comme l’anxiété, les troubles du caractère, la prise d’alcool… Cela conduit le médecin à prescrire — surtout en début de traitement — un autre médicament en plus de l’antidépresseur. Ce dernier n’agissant pas avant deux semaines, la personne dépressive peut ressentir une souffrance telle (angoisse, insomnie) qu’il est nécessaire de la soulager rapidement.

Il existe deux cas où l’association d’un second médicament est quasi permanente :

– Lorsque la personne est fortement angoissée : le traitement conjugue un antidépresseur et un anxiolytique. Ce genre de médicament présente l’avantage de calmer sur l’instant mais en aucun cas il ne soigne la dépression. Pris sur une longue durée, ces médicaments deviennent moins efficaces et le patient peut en devenir dépendant.

– Lorsque la personne est bipolaire (maniaco-dépressive) : le traitement associe un stabilisateur d’humeur et un antidépresseur.

Hormis l’adjonction d’un second médicament, un antidépresseur à lui seul est beaucoup moins efficace que s’il est accompagné d’un travail psychothérapeutique. Le rôle de l’antidépresseur est indéniable mais ne fait pas tout. L’investissement personnel est tout aussi important.

Pour preuve, des études menées chez différents patients sous antidépresseurs ont montré que les personnes qui admettaient leur maladie et voulaient s’en sortir, réagissaient bien mieux au traitement que les personnes réticentes ou foncièrement pessimistes. Se sortir de la dépression c’est commencer par reconnaître que l’on souffre et prendre la décision d’aller mieux. Beaucoup de personnes déprimées perdent espoir, y compris dans le traitement de leur maladie. Ressasser que l’on ne s’en sortira pas ne mène à rien sinon à se rendre encore plus mal. A contrario, une personne tout aussi dépressive soit-elle, qui se dit que les médicaments vont l’aider à guérir, se met dans une bien meilleure disposition mentale et s’en sortira probablement mieux.

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