La dépression peut-elle déteindre sur la vie du couple ?

depression-vie-de-coupleMon conjoint peut-il être lassé ?

La dépression nous atteint dans notre intimité et le conjoint du déprimé subit de toute évidence les modifications de caractère et l’attitude liées à la dépression. Mais, si la souffrance du déprimé suscite souvent la compassion et la bienveillance de notre conjoint, elle entraîne aussi le découragement, la lassitude et la colère.

La dépression est une maladie qui ne soigne pas par la seule bonne parole ou un bouquet de fleurs offert par son conjoint ! Hélas – car c’est souvent le cas – le conjoint ne sait que faire pour aider la personne dépressive qu’il aime. Malgré les efforts pour apaiser la dépression, il se sent impuissant à la faire disparaître. Cette impuissance se transforme parfois en révolte ou en colère : pourquoi tant d’efforts sont-ils inutiles ?

Chacun de son côté a l’impression de faire des efforts importants que l’autre ne remarque pas. La personne déprimée à qui nous apportons de l’aide a tendance à croire qu’elle est jugée négativement à cause de sa dépression. Elle pense assez fréquemment que l’entourage ne remarque pas les efforts qu’elle déploie pour masquer le poids de sa souffrance et ne pas le faire peser sur la vie des autres (à noter que le dépressif a toujours l’impression de prendre sur lui. Or, il serait bien moins pesant pour ses proches s’il acceptait de se faire prendre en charge).

De son côté, le conjoint a l’impression que l’aide qu’il tente d’apporter n’est pas perçue à sa juste valeur par la personne déprimée. Cela le blesse, il souffre d’un manque de reconnaissance et aurait volontiers envie de dire :  » Avec tout ce que j’essaie de faire pour que tu ailles mieux, y’en a marre que tu sois toujours comme cela. Que je t’aide ou non, c’est pareil !  » .

C’est alors que s’installe une forme d’ingratitude dans le couple, de gêne, de remords, de culpabilité… Le conjoint est désabusé d’avoir à subir et à agir sans contrepartie, de même que le dépressif est épuisé de mobiliser toutes ses ressources pour ne pas faire subir à son conjoint les conséquences de sa maladie. Ce genre de scénario fait penser en quelque sorte à un dialogue de sourds où des deux côtés, quelles que soit l’énergie et l’intention portée, le résultat est vain.

Comment ne pas en arriver là ?

La dépression est à comprendre dans la continuité de notre histoire. Il y a toujours un épisode  » avant-dépression  » et  » après-dépression « . La dépression s’installe chez un couple qui a déjà une histoire. Elle constitue un évènement de vie que le déprimé et le conjoint — donc le couple — traversent ensemble. Si la dépression arrive à un moment où le couple a des difficultés relationnelles, cela ne fera que fragiliser le couple. En revanche, si le couple est solide, l’expérience de la dépression peut s’avérer très enrichissante : une fois que vous aurez traversé un épisode aussi difficile que la dépression, vous pourrez affronter n’importe quoi et serez solidaires. Aussi, une psychothérapie de couple peut-elle être d’une efficacité redoutable tant pour aider le dépressif à s’en sortir que le conjoint à aider et supporter la personne dépressive.

Comment vivre sa dépression en couple et éviter qu’elle ne devienne un  » tue l’amour  » ?

Lorsque la dépression s’abat sur nous, cela se répercute sur notre vie de couple. Notre conjoint est la première personne à être indirectement victime de notre dépression.

Du fait de notre dépression, notre humeur est triste, nous n’avons envie de rien, nous sommes apathiques. Et nous projetons également nos idées noires sur notre couple : nous avons l’impression que notre conjoint ne nous aime plus autant qu’avant, s’il nous dit qu’il nous aime, c’est pour être gentil.  » De toute façon, il a mieux à faire que d’être avec une pauvre fille comme moi qui ne vaut rien « …

Plus de libido ?

La dégradation des relations qui s’en suit est d’autant plus affectée que toute personne dépressive connaît une diminution de sa libido et de son désir sexuel. L’intérêt pour la sexualité est faible, la capacité à éprouver du plaisir et les performances physiques sont altérées. C’est alors que nous nous disons que nous aussi, nous l’aimons moins, que ce n’est plus comme avant. Du coup, cela nous déprime davantage et c’est le cercle vicieux.

L’atteinte sexuelle est fréquente : elle fait partie des éléments qui permettent d’établir le diagnostic de dépression. Même si nous percevons cette détérioration, celle-ci est habituellement incluse dans le contexte global de la perte du plaisir inhérente à la dépression. Notre conjoint interprète parfois cette situation comme un désintérêt à son égard. Ce qui peut être à l’origine d’incompréhension ou de tension dans le couple.

Faites confiance à la personne que vous aimez !

Pour éviter que la dépression ne devienne un  » tue l’amour « , il n’y a pas de miracle : au même titre que vous allez prendre de l’aspirine si vous avez mal à la tête, vous allez chez votre médecin pour soigner votre humeur. Dès que la personne est sous traitement anti-dépresseur, elle commence à retrouver du plaisir, quel qu’il soit et sa vie de couple respire de nouveau, même si ce n’est pas le grand ciel bleu. Notre conjoint est la personne qui nous est la plus proche. Les conseils qu’il donne nous vont droit au coeur : la personne déprimée peut les prendre soit très bien, soit très mal. Nous pouvons réagir de deux façons :  » C’est parce qu’il m’aime et qu’il est gentil, qu’il tente de me rassurer  » ou  » Maintenant, c’est mon conjoint qui me dit je suis dépressive ! « . Soit :  » Il m’aime et tout ce qu’il me dit doit être pour mon bien. Peut être que je devrais l’écouter « .

Or, un déprimé sur quatre consulte de lui-même. Les autres s’entêtent à penser qu’ils s’en sortiront seuls. Face à cette situation, l’entourage — à commencer par le conjoint hésite entre deux attitudes. Soit laisser le déprimé s’en sortir seul comme il prétend pouvoir le faire (auquel cas, nous risquons de voir les troubles s’aggraver). Soit tenter de le faire prendre en charge le plus vite possible pour qu’il reprenne pied. Reste à le convaincre d’aller voir un médecin. Lui seul peut le guérir au même titre que vous seul – en tant que conjoint — pouvez l’inciter à prendre la décision de se guérir.

Au secours : que faire si la personne refuse de se soigner ?

Si la personne déprimée est réticente à l’idée de se faire soigner, choisissez de préférence un médecin qu’elle connaît et en qui elle a confiance (en général, le médecin traitant ou de famille). N’hésitez pas à mettre en avant une raison autre que la dépression : le manque de tonus, la fatigue… Ce qui importe c’est que la personne aille chez le médecin.

Si vous êtes confronté à une situation d’urgence où votre femme (ou votre mari) semble incapable de prendre toute décision, qu’elle évoque le suicide, qu’elle paraît dans un état de dépression avancé : appelez un médecin ou un psychiatre pour une visite à domicile.

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