Le passé est-il responsable de notre dépression actuelle ?

depression-passe-souffranceLa souffrance est souvent le fruit de l’importance que nous attachons à essayer de faire l’inventaire ou l’exploration de notre passé. Se pencher sur son passé n’est pas inutile, mais la rumination du passé — si elle est faite pour dire que l’on a tout faux ! – va au détriment de notre bien-être. L’une des caractéristiques du pessimiste chronique est de ruminer sans cesse. Se dire  » après tout, voici la couleur de l’extérieur  » sans être conscient que cette couleur c’est aussi nous qui la créons.

Dans le bouddhisme, nous considérons que le passé a une influence et que cette influence se manifeste dans le moment présent. Or, pourquoi souffre-t-on à cause des traumatismes du passé ? Car il y a une souffrance toujours latente et présente en nous. Nos legs du passé se manifestent par des comportements, des façons de voir les choses qui nous troublent. Si nous avons une approche qui nous permet de nous libérer de ces tourments, moins leur négativité est influente, plus elle diminue jusqu’à disparaître. En traitant le moment présent, nous participons à nous affranchir de l’influence du passé. C’est l’approche du bouddhisme et c’est aussi l’approche de la thérapie cognitive. Nous avons les mêmes approches concernant la physiologie du cerveau, la régulation des émotions et sur la manière de jouer sur la plasticité du cerveau — à savoir sur la capacité qu’a le cerveau de se transformer à la suite de l’entraînement mental. La réalité est bien là : il est en notre pouvoir d’entraîner notre mental au bonheur. Cela passe par une première étape essentielle : identifier nos souffrances et la manière dont nos émotions les traduisent. Ce qui rejoint l’idée de l’introspection qui consiste à être vigilant aux pensées qui surviennent et à les identifier avant que l’étincelle ne donne lieu à un incendie de forêt. Être l’observateur de nos comportements et nos émotions est la clé de la réussite.

Que faites-vous de l’inconscient ?

L’inconscient est l’expression des tendances – résultat d’une accumulation de pensées momentanées. Cette accumulation de pensées crée des humeurs. Nous sommes plus ou moins jaloux, ou énervés … L’accumulation des humeurs forge le tempérament et construit comme des  » plis  » dans notre cerveau : c’est cela même que nous appelons les tendances. Ces dernières conditionnent les états d’être — et dont les états dépressifs. Le fait que ces tendances soient l’accumulation de pensées instantanées induit que nous pouvons les infléchir en sens inverse : cela consiste à défaire nos mécanismes. C’est long mais possible. Pour y parvenir, la méthode bouddhiste n’est pas d’aller fouiller dans le passé mais d’être attentif à chaque instant : aux types de pensées qui surviennent, éviter qu’elles ne s’enchaînent, éviter qu’elles ne prennent un pouvoir asservissant. Si l’on répète ce processus — par la vigilance d’esprit et la connaissance des moyens de libérer la pensée à mesure qu’elles surviennent — les tendances vont s’évanouir et nous mettre à l’abri des états dépressifs.

Pour vous, la condition du bonheur est votre capacité à analyser les émotions négatives : d’où elles viennent, comment elles surgissent et comment elles se manifestent. Ne vaut-il pas mieux s’attacher à éradiquer la cause plutôt qu’à maîtriser l’émotion négative qu’elle génère ?

Les évènements de la vie sont une cause circonstancielle. Pour nous, la véritable cause est un élément plus profond en nous-même. Nous considérons que se défaire des émotions affectives n’est que momentané. Il faut aller à la racine qui pour nous n’est pas les évènements circonstanciels mais ces sentiments du soi, de tout ce qui constitue la cause même de nos tourments. Ce problème de l’importance du soi est généré par l’ignorance de la nature de l’esprit et de la nature des phénomènes. Là est la véritable cause de nos souffrances et de nos états dépressifs. Tant que nous ne soignerons pas la cause nous ne soignerons pas les symptômes. Nous allons momentanément les masquer mais non les éradiquer. Nous continuerons à voir le verre à moitié vide

Comment parvenir à s’accepter soi-même ? Est-il possible de changer ?

S’accepter soi même est très bien en théorie si c’est pour éviter de se haïr soi-même. Quand nous sommes énervés, c’est souvent parce que nous ne sommes pas à l’image de ce que nous voudrions être. Nous nous en voulons de ne pas être assez bon, assez beau, assez intelligent… Nous refusons d’accepter la situation présente : les défauts, les problèmes. En partant du principe :  » J’ouvre les yeux, voilà ce qui est d’une part et voilà comment je le perçois d’autre part  » : c’est s’accepter soi-même. Mais se dire :  » de toute façon, il n’y a rien à faire, c’est comme cela que je suis, il vaut mieux que je sache aimer mes défauts  » : cela ne mène nulle part. La règle du bonheur est d’être lucide sur ce que nous sommes, de ne pas s’illusionner sur l’idée d’une autre image de nous-même que nous voudrions. Tout ceci est une manifestation de l’égo. D’autre part, dire qu’il est impossible de changer est totalement faux car nous pouvons changer. Pour cela deux choses sont essentielles : savoir reconnaître lucidement ce que l’on est et ne pas sous estimer le pouvoir de transformation de l’esprit. Dès lors que vous aurez compris qu’il est possible d’éduquer son esprit au bonheur — de même qu’il est possible de l’éduquer au malheur — vous vous sortirez de n’importe quelle situation douloureuse et vous verrez que vous les vivez avec bien plus de détachement !

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