L’entourage peut-il comprendre que nous sommes dépressifs ?

depression-entourageLes proches ne perçoivent généralement chez une personne dépressive qu’un gros coup de blues. Force est de reconnaître que certains symptômes de la dépression tels la fatigue, le flegme, le  » ras le bol « , l’angoisse, l’irrégularité de l’appétit ou du sommeil — en somme, chaque symptôme pris isolément — existent dans la vie de tous les jours pour des raisons autres que la dépression. Pour l’entourage, il ne va pas de soi d’assimiler ces signes à de la dépression. Pourquoi dire que notre ami est dépressif alors qu’il est fatigué et qu’il en a marre, comme quasiment la moitié de la planète ? Là aussi : de même qu’il faudra un certain temps à votre médecin pour affirmer si ces symptômes sont un coup de blues ou le début d’une dépression (si cinq au moins des neuf symptômes caractéristiques sont présents ensemble depuis plus de deux semaines), l’entourage ne peut diagnostiquer en une après-midi ou en une discussion la présence ou non d’une dépression. C’est à force de voir la personne traîner ces symptômes, que l’entourage va commencer à s’inquiéter.  » Cela fait un mois qu’à chaque fois que je vois mon ami, il est l’ombre de lui-même. Il n’a pas été bien un seul instant. Je le trouve vraiment éteint « . L’entourage doit faire preuve de bon sens et faire comprendre à la personne déprimée qu’il serait bien d’aller voir un médecin pour arrêter d’aller de plus en plus mal.

Les autres nous comprennent à travers nos gestes et nos mots. Ils ont de grandes difficultés à comprendre ce que nous ressentons si nous ne l’exprimons pas clairement. Si notre comportement et nos expressions traduisent du désintérêt, de la colère, des idées fixes…, il est quasi impossible pour l’entourage de se rendre compte que la dépression en est la cause et que ce sont là les premiers signes de manifestation de la maladie.

Cette perception le conduit à nous donner des conseils qui lui semblent bons pour lui, mais qui de notre côté, nous accablent. Par exemple :  » Tu n’as qu’à mieux t’organiser avec la nounou pour avoir moins de travail à faire le soir quand tu rentres à la maison  » ou,  » Si tu te couchais plus tôt, tu serais moins fatiguée « . Il est difficile pour l’entourage de comprendre que des solutions efficaces pour lui ne nous sont d’aucun secours. C’est même le contraire qui se produit : ces conseils ne font que mettre l’accent sur notre incapacité à agir ou à prendre des décisions — le propre de toute dépression !

Conseils pratiques pour l’entourage

Cela n’est guère facile mais vous devez faire attention à la façon dont vous dites les choses. Toute personne dépressive est si fragile, vulnérable et susceptible qu’il convient de ne pas la froisser. Le secret est d’être à son écoute. Ne dites surtout pas à votre ami :  » Allez, bouge toi ! Prends toi en main ! « . Si la personne pouvait le faire, il y a belle lurette qu’elle l’aurait fait !

Voici, dans des conditions très fréquentes, ce qu’il convient mieux de dire :

–  » Si tu es libre, ça me ferait si plaisir de te voir samedi après midi.  » au lieu de : « Quand veux-tu que l’on se voit ? « . Exprimez davantage votre désir de voir votre ami plutôt que la nécessité de le voir. Si la personne sent que quelqu’un manifeste du désir pour elle (plutôt que de la  » pitié « ), cela va la mettre en confiance. Si vous lui demandez  » Quand se voit-on ? », elle va vous répondre qu’elle ne sait pas, ne vous rappellera pas de suite, et risque de se replier davantage sur elle-même.

–  » Je passe te voir. Tu préfères que nous restions chez toi ou tu as envie d’aller dehors ? « , plutôt que :  » Habille toi, je passe te prendre et on va quelque part « . En agissant ainsi, vous allez brusquer la personne dépressive et la mettre devant le fait accompli. Laissez lui toujours la possibilité de choisir.

–  » Puisque nous restons chez toi, j’en profite pour apporter nos gâteaux préférés ! Qu’est-ce qui te tente ? « . Même si la personne dépressive vous répond qu’elle ne veut rien, il est important que vous vous adressiez à elle comme en temps normal où vous lui auriez proposé la même chose. La personne dépressive voit que vous la traitez comme avant. Cela est plus habile que  » Que veux-tu que j’apporte ?  » où elle vous répondra  » Rien du tout « .

Si votre amie a l’air bien fatiguée, que son teint est terne et son énergie raplapla… Ne dites pas :  » Fais attention à toi. Prends soin de toi. Je te trouve bien pâlotte.  » car vous allez non seulement l’agacer mais aussi la vexer. Dites plutôt :  » Tiens, tu trouves pas que j’ai bonne mine ! Regarde, c’est le dernier fond de teint de chez… que je viens de m’offrir ! Il est extra ! Essaye-le ! J’aimerais voir la mine qu’il fait sur toi « , ou  » Je ne me sens pas motivée pour aller faire de la gym toute seule, tu ne voudrais pas m’accompagner de temps à temps ? « . Là aussi, il s’agit de traiter la personne dépressive comme en temps normal. Même si vous savez que la réponse a peu de chances d’être positive, au moins vous ne braquez pas la personne, vous ne la mettez pas devant ses faiblesses et ses difficultés et vous entamez le dialogue. En étant habile et diplomate, vous pouvez très bien l’amener à dire oui de temps en temps.

– Plus délicat est le cas où vous constatez que cette déprime dure, que votre ami baisse de jour en jour et qu’il ne fait rien. Il vous faut l’inciter impérativement à aller chez le médecin. Pour cela, lui faire comprendre que la dépression est une maladie, au même titre qu’un rhume, constitue la première étape. Dans un second temps, insistez sur le fait qu’il n’y a aucune honte à se sentir déprimé. Et enfin, que cela se soigne comme n’importe quelle autre chose.  » Tu sais, je ne vois pas en quoi il est indécent de ne pas avoir le moral (et non  » d’être dépressif « ). Je ne connais personne qui aille toujours bien. Si tu avais mal quelque part, je suis sûre que tu irais voir ton médecin. Là, c’est pareil. Tu ne vas pas bien depuis plusieurs jours. Tu couves peut-être quelque chose. Tu devrais aller chez ton médecin. Si tu veux, on l’appelle ensemble maintenant. Je suis là, ça ne me coûte rien.  » En vous exprimant ainsi, vous relativisez la maladie et aidez la personne à dédramatiser. L’important est de la déculpabiliser par rapport à la dépression. Dites qu’il s’agit sans doute d’une maladie quelconque dont elle a les symptômes. Le but est de placer la maladie sur un registre autre que celui du trouble mental (qui culpabilise et angoisse le dépressif) pour que la personne accepte plus facilement d’allez voir un médecin. Une fois chez le médecin, la personne sera prise en charge. Vous, votre devoir, est de l’inciter à y aller. Mais prenez y vous en douceur. Ne dites pas  » Tu es dépressive. Il faut avoir ton médecin d’urgence pour qu’il te mette sous anti-dépresseurs « . Il n’y a pas pire moyen pour faire plonger une personne !

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