Les personnes âgées sont-elles plus exposées aux risques de la dépression ?

depression-personnes-ageesPour plusieurs raisons (matérielles, existentielles, affectives…) dès que l’on franchit la soixantaine, nous sommes plus vulnérables et sujets aux risques de dépression. Les spécialistes estiment même que passé 75 ans, une personne sur trois se dit dépressive. D’autre part, le taux de suicide chez les personnes âgées est plus élevé que la moyenne.

La phase de la retraite

L’arrêt du travail et l’entrée dans la vie de retraité provoquent un changement brutal. Du jour au lendemain, toutes les habitudes et les organisations de la vie quotidienne qui s’articulaient autour du travail sont balayées. Arrêter de travailler revient à tourner une page dans sa vie. Ce moment peut être angoissant et il est tout à fait légitime que la personne nouvellement retraitée ait la sensation de perdre ses repères et le sens qu’elle donnait à sa vie. Nous ressentons — surtout quand nous avons beaucoup travaillé — une grande sensation de vide et de manque. Nous nous levons le matin, mais à quoi bon puisque nous n’allons plus au travail ? Les journées semblent longues et l’inquiétude du « qu’allons nous faire aujourd’hui ? » est inévitable. Nous pouvons nous sentir inutiles car nous pensons que plus personne n’a besoin de nous et que nous n’avons plus rien à donner. Voici le genre de sentiments que fait naître le passage à la retraite. Mais nul besoin de dramatiser car ce ressentir émotionnel est normal et humain. Cependant, il n’y a pas lieu de s’angoisser davantage lorsque nous y sommes confrontés. Cette angoisse existe quand nous sommes dans la vie active et que nous perdons notre emploi. Vivre un tel évènement lorsque nous avons 60 ans et que nous savons que nous ne retravaillerons plus est un cap encore plus difficile à appréhender et à surmonter.

De ce fait, pour ne pas sombrer dans la dépression, il est très important d’anticiper la retraite. Nos dernières années dans la vie active doivent être un moment où nous commençons à réfléchir aux centres d’intérêts sur lesquels nous aimerions nous consacrer le jour J arrivé. Plus nous anticipons ce moment et moins nous avons de risques de faire une dépression. Les personnes qui n’ont jamais pensé à ce qu’elles aimeraient faire une fois parvenues à l’âge de la retraite présentent fréquemment des signes de dépression. A l’inverse, celles qui ont su se poser les bonnes questions comme « J’aimerais faire ceci ou cela, je vais enfin avoir le temps de me consacrer à telle activité, faire du bénévolat, voyager, m’inscrire dans des clubs associatifs de loisirs ou de discussion, ou autre… » trouvent un nouvel intérêt à leur vie et vivent bien mieux l’arrêt de leur travail. Il peut toutefois y avoir des périodes de passage à vide : cela est tout à fait normal car il faut un temps nécessaire d’adaptation à cette nouvelle période notre vie. Retrouver une motivation et un intérêt à la vie sont une priorité qu’il convient d’anticiper afin de ne pas se retrouver désemparé lorsque la retraite arrive.

La vieillesse : solitude et appréhension de la mort

Passé un certain âge (que l’on peut globalement situer autour de 70-75 ans) beaucoup de personnes se sentent déprimées ou le sont réellement. A cette période de la vie, le plus difficile est la solitude. Il est courant que les personnes âgées qui se retrouvent veuves sombrent dans la dépression. Là aussi, le deuil d’un conjoint ou d’une personne proche nous affecte terriblement quelque soit notre âge. Alors, à 80 ans, inutile d’insister sur la douleur qu’un tel évènement provoque ! Sans oublier le fait que perdre son conjoint renvoie à sa propre mort. Ce sont alors les idées morbides qui envahissent notre esprit et nous sommes littéralement paniqué à l’idée de mourir à notre tour. Dans ces conditions, savoir que nous allons finir nos jours seul est très angoissant.
D’autre part, vivre seul peut générer de la panique : la peur qu’il nous arrive quelque chose, que des cambrioleurs viennent chez nous la nuit, que l’on oublie de fermer le gaz… La personne âgée qui vit seule est souvent perturbée par des craintes — voire même des phobies – qu’elle n’avait pas auparavant ou lorsqu’elle vivait en couple.

Toutes les personnes âgées sont-elles dépressives ?

Toutes les personnes âgées ne sont pas dépressives mais ont une tendance à l’humeur dépressive que nous pouvons estimer comme légitime. Lorsque l’on vieillit, nous n’avons plus les mêmes capacités physiques et cela restreint considérablement notre cercle d’activités : nous bougeons moins, nous nous fatiguons vite, nous sommes moins sociables et bien souvent, nos amis sont aussi vieux que nous s’ils ne sont pas déjà morts. C’est alors que passer des journées entières seul chez soi devient un cauchemar. Même si nous avons de la famille, que nos enfants nous appellent régulièrement et viennent nous voir le week-end, nous nous sentons seul. L’entourage ne peut compenser affectivement cette angoisse de la solitude et de la mort qui est un problème existentiel individuel.

En somme, certaines personnes peuvent souffrir de dépression pour la première fois de leur vie après 75 ans. Cette situation, assez fréquente, est hélas sous-estimée car nous pensons qu’il est naturel à cet âge, de ressentir des signes de tristesse, de fatigue et de découragement. Une personne âgée qui se plaint et répète qu’elle n’a plus rien à faire sur cette Terre et que sa vie est derrière elle, est dépressive et à traiter d’urgence. L’entourage joue plus que jamais un rôle clé.

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