Peut-on rechuter après un traitement ?

depression-rechuteLes spécialistes estiment que les dépressions légères guérissent à 80 % et que les dépressions modérées ou sévères rechutent une fois sur deux. Plus de la moitié des victimes d’une dépression en vivront une seconde au cours de leur vie. Et 70 % de ceux qui en ont fait deux en feront une troisième… La récidive est une spirale infernale.

La rechute est une réalité

Hélas, il est impossible de dire à l’avance si telle personne plutôt qu’une autre a des chances de rechuter lors d’un premier épisode. En effet, nous ne sommes jamais à l’abri de rechuter. Nous pouvons tout à fait faire une dépression légère suite à une rupture amoureuse quand nous avons trente ans, et refaire une dépression quelques années plus tard lorsque nous perdons nos parents. Nous ne pouvons pas prédire comment nous réagirons face à des évènements pénibles et douloureux. Nos réactions et notre capacité à affronter les duretés de la vie dépendent en partie de notre personnalité. Certaines personnes seront accablées par un licenciement tandis que d’autres résisteront à la mort d’un proche. Notre psyché émotionnelle est strictement individuelle. Si nous savons en revanche que nous avons tendance à être vulnérables ou fragiles, la psychothérapie est un excellent moyen pour mieux se connaître et affronter la vie. Toute personne qui a déjà vécu une dépression peut être mieux armée pour affronter l’avenir si — et seulement si elle a pris la peine d’identifier ce qui est l’origine de sa fragilité afin d’être attentive à ce que les mêmes causes ne produisent plus les mêmes effets.

Si nous sommes inégaux face aux risques de rechute, force est de reconnaître l’existence de facteurs communs pouvant mettre une personne dans une situation de risque et de vulnérabilité face à la rechute :
– Une prise insuffisante, en durée et en quantité, du traitement antidépresseur.
– Persistance des évènements de vie négatifs (difficultés financières, soucis familiaux, relations affectives difficiles avec l’entourage, pression et stress au travail…).
– Présence d’un trouble psychique comme l’anxiété ou l’alcoolisme qui favorisent la dépression.

A l’inverse, certains facteurs peuvent protéger une personne du risque de rechute :
– Rythme de vie équilibré (sommeil, loisirs, travail…).
– Poursuite d’une psychothérapie (c’est l’aspect le plus essentiel de la prévention de la dépression).
– Établir de nouveaux projets.
– Entourage attentif et affectueux (mais non compatissant).

Lorsque les premiers signes de dépression réapparaissent, il est vital de les identifier et d’aller en parler à son médecin avant qu’il ne soit trop tard. Lorsqu’un malaise réapparaît alors que l’on se croyait guéri, il est évident que nous nous interrogeons :  » S’agit-il vraiment d’un rechute ? Devrais-je aller voir plus souvent mon psy ? Ai-je choisi la bonne formule psycho-thérapeutique ? Devrais-je reprendre les antidépresseurs ? « . Telles sont les questions que nous pouvons être amenés à nous poser lorsque nous avons déjà vécu un épisode dépressif et que l’on se sent de nouveau mal. Il est important d’aller en parler avec son médecin, qui lui seul peut diagnostiquer la présence ou non d’un nouvel épisode dépressif.

Quelles sont les règles à respecter ?

Même si nous l’avons maintes fois mentionné, répétons-le : une prise en charge sérieuse de la dépression est la première règle à observer pour minimiser les risques de rechute.

En gravant dans votre mémoire ces quatre clés de la réussite, vous aurez beaucoup moins de chances de rechuter :
– Se soigner dès que la dépression est là.
– Suivre son traitement rigoureusement.
– Associer l’antidépresseur à une psychothérapie quelle qu’elle soit.
– Ne pas interrompre la psychothérapie dès que l’on se sent mieux.

L’Organisation Mondiale de la Santé rappelle que de nombreuses récidives sont causées par le fait que les malades (un sur trois !) abandonnent leur traitement en cours dès qu’ils se sentent mieux. Or, si le traitement était sérieusement suivi, le taux de rechute ne concernerait plus que 10 à 20 % des patients (contre 40 à 60 %). Un conseil : n’écoutez ni votre tête ni vos émotions, mais votre médecin !

Y-a-t-il un profil type de la personne sujette à la rechute ?

Comme nous l’avons mentionné précédemment, il n’existe heureusement pas de profil type du récidiviste ! Mais il existe des traits de caractère pouvant favoriser la réapparition de la dépression.

L’âge : plus les personnes avancent en âge, plus les risques de récidive augmentent. Le risque de développer la forme chronique de dépression est par ailleurs lui aussi augmenté.

La précocité : la première date de la dépression joue un rôle clé dans le déclenchement éventuel d’un second épisode. Plus la dépression a eu lieu tôt, plus les risques de récidive sont importants. Après un épisode sévère, les risques de rechute seraient quatorze fois plus importants que chez une personne qui n’a jamais connu de dépression.

La sévérité : plus la première dépression a été sévère et plus les risques de récidive sont, là aussi, importants.

L’anxiété : la moitié des personnes déprimées éprouvent des troubles anxieux. Ce problème fragilise la personne, entraîne une résistance aux traitements et favorise le risque de rechute.

La dépendance à l’alcool ou autres drogues : l’alcoolisme aggrave les manifestations de la dépression comme il augmente les risques de récidive puisqu’il favorise et entretient le terrain dépressiogène. Il en va de même pour les autres drogues comme le cannabis. D’où l’action des médecins qui tendent à mettre en place une cure de désintoxication avant de traiter la dépression.

Y-a-t-il une différence entre récidive, rechute et chronicité ?

Récidive et rechute n’ont pas tout à fait la même signification. Une dépression  » classique  » a une durée moyenne de six à huit mois. Lors du traitement, nous assistons à une rémission, c’est-à-dire à la disparition progressive des symptômes jusqu’à la guérison qui est admise, une fois la disparition complète des symptômes pendant plus de six mois. Si la maladie s’aggrave pendant la rémission, nous employons alors le terme de rechute.

Après la guérison, la personne reste encore fragilisée. Si la dépression fait alors sa réapparition pendant cette période, nous parlons de récidive.

Enfin, si une personne ne parvient pas à se sortir totalement du symptôme dépressif pendant au moins deux ans et que ceux-ci se manifestent par période, il s’agit alors d’une forme de dépression chronique.

Peut-on prévenir les rechutes et récidives dans le cas d’une dépression chronique ?

Le propre de la dépression chronique est la réapparition régulière d’épisodes dépressifs. Un traitement préventif ne peut empêcher la venue des phases dépressives mais peut limiter sa durée et son intensité. La prévention est basée sur deux points clés :

– La précocité et la qualité du traitement lors du premier épisode sont déterminantes pour l’évolution ultérieure de la dépression.
– Après plusieurs rechutes, surtout chez les patients à risques, le traitement antidépresseur doit être poursuivi à dose efficace.

oui-je-veux-sauver-mon-couple